Enjeux

  Olivierdrigues Flickr    LUTTE CONTRE LE CHARANCON ET LE PAPILLON DES PALMIERS6franc6 flickr

Les palmiers de la Côte d’Azur sont actuellement menacés de disparition par les attaques de deux ravageurs, le charançon rouge (Rhynchophorus ferrugineus) et le papillon (Paysandisia archon).

Le charançon, en provenance d’Asie, a atteint la Côte -d’Azur en 2008 après avoir décimé de nombreux palmiers du Var, du Languedoc et de la Côte Ligure. Il s’attaque surtout aux Phoenix canariensis espèce prédominante sur la Côte-d’Azur.

Les charançons adultes sont de grands coléoptères couleur brun rougeâtre d’environ 4 cm de long, tandis que les larves adultes sont de couleur crème, n’ont pas de pattes et peuvent atteindre jusqu’à 5 cm de long.

Le papillon, en provenance d’Amérique du Sud, est d’introduction plus récente, il s’attaque surtout aux Chamarops, aux Trachycarpus et aux Brahéa espèces moins présentes. Le papillon adulte, de couleur irisée brun et rouge, a une envergure de 12 cm et est facilement identifiable grâce à cette taille exceptionnelle. Les larves adultes (semblables aux larves de charançons) ont par contre 3 paires de pattes et sont un peu plus longues (jusqu’à 8 cm).

Mode d’action  

Les femelles des 2 ravageurs pondent des œufs à la base des pétioles (tige de la palme) sortant du cœur du palmier. Les larves naissantes se nourrissent ensuite des tissus vivants des pétioles et vont se déplacer à l’intérieur du cœur du palmier pour se nourrir des tissus mous des palmes non encore déployées. Les larves matures fabriquent ensuite un cocon avec les fibres du palmier et entre dans la phase de nymphose.

Galeries de larves sur le pétiole d’une palme2014-10-16 10.40.22

Une nouvelle génération de ravageurs se développe ensuite au cœur du même palmier et le même processus reprend jusqu’à destruction complète du cœur entraînant la mort du palmier.

Le palmier est un monocotylédone (une herbe géante) de la famille des Arécacées et, contrairement aux arbres, n’a pas de processus de régénération de sa partie apicale. La destruction du bourgeon terminal (méristème apical) soit par le gel, soit dans ce cas par les ravageurs, le conduira irrémédiablement à sa perte.

Seuls certains palmiers drageonnant comme les Phoenix dactylifera (dattier) ou les Chamaerops pourront survivre en reformant un nouveau stipe (tronc) à partir de leur souche.

Ce processus de régénération est d’ailleurs utilisé dans les palmeraies de production de dattes.

Symptômes 

Les symptômes précoces d’infestations sont peu visibles, les larves agissant uniquement à l’intérieur du cœur du palmier.

Ensuite lorsque l’infestation devient plus marquée, l’on constatera un moindre développement de la couronne, un désaxement du bourgeon apical, un affaissement inhabituel de la partie basse de la couronne (les palmes les plus anciennes), une chute anormale de palmes encore vertes, un dessèchement prématuré de palmes, des galeries visibles à la base des palmes, ainsi qu’une odeur de fermentation du cœur du palmier.

Des palmes perforées de façon régulière en arc de cercle sont le signe d’une infestation de papillons.

Attaque de papillon sur un Trachycarpus fortunei
Réglementation visant le charançon

Le charançon est classé comme « ravageur de quarantaine » et la lutte est encadrée par un ensemble de textes législatifs qui s’imposent aux collectivités ainsi qu’aux particuliers.

Les principes de lutte sont précisés par un arrêté du 21 juillet 2010 ainsi que ses évolutions ultérieures (20 mars 2012, 9 décembre 2013, 25 mars 2014 et 24 juillet 2014). Ces textes,  ainsi que la liste des entreprises agréées, sont disponibles sur http://draaf.paca.agriculture.gouv.fr/Le-Charancon-Rouge-du-Palmier-en

A partir d’un point d’infestation charançon déclaré, deux zones sont définies :

  • Zone contaminée : dans un rayon de 100 m autour du palmier contaminé
  • Zone de sécurité : dans un anneau entre 100 et 200 m autour du palmier contaminé

Dans la zone contaminée, le propriétaire est tenu d’appliquer un traitement préventif à ses palmiers et en cas de contamination « charançon » avéré, de procéder à l’éradication soit par assainissement de la couronne (protocole 1) en ne conservant qu’un moignon de palmes, ou si la contamination est trop importante, par abattage (protocole 2). Ces opérations ne peuvent être mises en œuvre que par une entreprise agréée.

Dans la zone de sécurité, le propriétaire à l’obligation d’une surveillance mensuelle consistant à rechercher les symptômes précoces d’infestation (et de traiter en cas de symptôme positif).

Stratégies de lutte contre le charançon

Trois stratégies de luttes sont définies par arrêtés :

S1 : Lutte biologique par application au cœur du palmier de nématodes
S2 : lutte phytosanitaire par application au cœur du palmier d’imidaclopride (famille des néonicotinoïdes)
S3 : lutte phytosanitaire par injection dans le stipe du palmier d’émémactine benzoate

Stratégies de lutte contre le papillon des palmiers

Il n’existe pas à ce jour de réglementation «papillon», cependant S1, S2 (si alternance nématodes et imidaclopride) et S3 présentent également une efficacité contre le papillon.

Par contre, un champignon, le Beauveria bassiania est agréé spécifiquement pour une lutte biologique «papillon» mais ne peut être appliqué que par une entreprise agréée. Le Beauveria est également efficace contre le charançon.

2014-10-16 07.46.06Les méthodes alternatives pour le particulier

Ces 3 stratégies de lutte agréées (qui sont les seules autorisées en zone contaminée) sont également celles offrant, hors zone contaminée, les meilleures chances de succès et seront donc à privilégier pour un particulier prêt à accepter le coût de ces traitements.

Le particulier a cependant la possibilité, hors zone contaminée, d’effectuer des traitements alternatifs plus souples :

  • soit utiliser les stratégies S1 ou S2 en mode dégradé, c’est à dire en réduisant le nombre de passages pour réduire les coûts, mais avec pour conséquence de réduire également l’efficacité du traitement. S1 peut être mis en œuvre directement par le particulier en achetant les nématodes en coopérative agricole. C’est l’option la plus économique (même en effectuant les 10 applications annuelles) , sous réserve que le cœur du palmier soit raisonnablement accessible. S2 nécessite par contre de faire appel à un professionnel agréé. S3 consistant en une injection annuelle effectuée uniquement par un professionnel agréé par le fabricant, et il n’y donc pas d’alternative de mode dégradé.
  • soit utiliser des insecticides de contact disponibles en jardinerie avec une AEJ (Autorisation Emploi Jardin).

Insecticides non ou peu rémanent :Lambda-Cyhalothrine (famille des pyréthrinoïdes) : Marques Axiendo, Algoflash Insectes Ultra Polyvalent, KaratéK Jardin
Abamectine (famille des avermectines) : Marque Vertimec Jardins

Insecticides rémanents (2 semaines maximum, s’il n’y a pas de lessivage par la pluie) :
Deltaméthrine (pyréthrinoïdes) : Marque Decis J

Insecticides systémiques (durée d’action environ 4 semaines) :
Acétamipride : Marques Polysect Ultra AJ, Fertiligène Insecticide Systémique
Thiaclopride : Marques Calypso J .

Dans tous les cas (S1, S2 ou insecticide disponible en jardinerie avec une AEJ) il s’agira d’imbiber par un écoulement lent et jusqu’à saturation, le cœur du palmier (et uniquement le cœur) avec la solution active, ce qui peut nécessiter pour un palmier adulte jusqu’à 10 litres de solution. Pour permettre un bon écoulement, il est recommandé de débarasser la zone apicale de tous détritus. En cas d’utilisation d’un pulvérisateur, il faudra enlever le diffuseur.

Les bonnes pratiques culturales

Un palmier bien cultivé et en bonne santé résistera mieux aux attaques de ravageurs.
Trois règles simples de culture sont à privilégier :

      1. Un bon drainage du sol. Les palmiers n’aiment pas l’humidité stagnante.
      2. Une bonne fumure annuelle. Les palmiers sont gourmands. Un ratio NPK (15-5-15) avec oligo-éléments est préconisé. Le fumier de mouton appliqué au printemps et à l’automne donnera également de bons résultats
      3. Un bon paillage. Avec du broyat ou des tontes de gazon, le palmier résistera mieux à la période chaude de l’été, sans qu’il soit nécessaire d’arroser.

La biodiversité

Pour accompagner le développement touristique de la Côte d’Azur, les paysagistes ont surtout planté des Phoenix en provenance des pépinières de Bordighera. “Il y en a tant et tant qui jaillissent de terre qu’on ne se sent décidément point assez riche d’admiration”, disait Stéphen Liégeard dans son livre “La Côte d’Azur” paru en 1894, en voyant les Phoenix de la palmeraie de Bordighera. Cette espèces a été privilégié à cause de sa rapidité de croissance. Malheureusement cette monoculture des Phoenix en fait aujourd’hui un mets de choix pour les charançons.
Outre les 4 palmiers prédominants du Pays Vençois (Phoenix, Chamaerops, Trachycarpus et Washingtonia), nos conditions climatiques permettent également l’acclimatation des Brahea, Butia, Jubae, Syagrus, Thritrinax –et même des Sabal, Livista et Rhapalostylis dans les zônes les moins gélives. Dans une politique de long terme, le maintien d’une plus grande biodiversité permettrait peut-être de réduire les risques.
La plupart de ces palmiers peuvent être observés en pleine terre au Parc Phoenix de Nice ainsi qu’au jardin botanique (INRA)de la Villa Thuret du Cap d’Antibes (ouvert uniquement en semaine). Seules les pépinières spécialisées en palmiers disposent des espèces mentionnées ci-dessus.  

Palmiers Vence 009

Les perspectives
En dépit d’une réglementation de lutte « charançons » très précise et très complète applicable dès 2010, l’infestation n’a cessé de se développer sur la Côte d’Azur, cernée par des zones déjà fortement contaminées (Le Var et la Côte Ligure). Ceci peut s’expliquer par une adhésion trop partielle aux trois stratégies de lutte, principalement due au coût, à ce jour très élevé de mise en œuvre pour un particulier.

Les précautions

Les traitements à base de molécules chimiques présentent des risques importants pour la santé et pour l’environnement. Il convient de bien respecter les dosages, les précautions d’emploi ainsi que les protections (gants, masques, etc..) de l’opérateur. Le produit actif doit être répandu uniquement dans le cœur du palmier. Le travail à partir du sol (avec une lance) est fortement recommandé pour des raison de sécurité. S’il s’avère nécessaire d’utiliser une échelle, celle-ci doit être arrimée au stipe, et l’intervenant doit être équipé d’un baudrier pour s’arrimer à l’échelle.