Chapelle Matisse

Les palmiers de la Chapelle Matisse à Vence

L’installation de Henri Matisse à Vence

C’est pour fuir les bombardements de Nice que Henri Matisse quitte son atelier du Palace Regina à Nice et vient se réfugier à Vence en 1943 où il loue la villa Le Rêve. « Belle villa, je veux dire, pas en nougat, sans chiqué. De beaux panaches de palmiers remplissent mes fenêtres » (4). C’est le début de l’aventure qui incite l’artiste à créer la Chapelle du Rosaire dite Chapelle Matisse.

Pour Matisse, ce séjour vençois débute de façon dramatique. Pour des faits de résistance, son épouse et sa fille sont arrêtées par la Gestapo. Dans un courrier de Vence, daté du 5 mai 1944, à son ami peintre Charles Camoin, il écrit : « Ma femme et ma fille ont été arrêtées séparément et dans des endroits différents. Je ne sais si quelqu’un s’occupe d’elles. On m’a dit de ne pas en parler. Garde ça pour toi et déchire ma lettre. Si j’étais à Paris, j’irais trouver n’importe qui. La vie est dure. Je suis trop inquiet pour travailler sérieusement.  Affectueusement » (2)

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La villa Le Rêve, à Vence, est toute proche de la Maison Lacordaire des Sœurs Dominicaines où sera ultérieurement construite la Chapelle du Rosaire. Ces « panaches de palmiers », de superbes Phoenix canariensis, sont peints par Matisse dans le tableau « Nature morte aux grenades, fenêtre aux palmiers ». Cette villa est actuellement la propriété de la ville de Vence et est utilisée pour l’accueil d’artistes en résidence.

La conception de la Chapelle du Rosaire

A la gauche de la Maison Lacordaire subsistent alors les fondations d’une ancienne chapelle. Les rencontres à Vence de Matisse avec Monique Bourgeois, son infirmière puis son modèle, et ensuite avec le Frère Dominicain Rayssiguier, déclenchent le projet de la reconstruction de ce lieu. En septembre 1944, Monique Bourgeois décide d’entrer au couvent.  Deux ans plus tard, elle prononce ses vœux de Dominicaine sous le nom de Sœur Jacques-Marie. En 1947, elle retourne à Vence, en convalescence, à la Maison Lacordaire. Lors d’une visite, Matisse lui déclare : « Je vais construire votre chapelle et je me charge des vitraux. Nous aurons une chapelle où tout le monde pourra espérer. Quelle que soit sa charge de fautes, on pourra la laisser à la porte » (1)

Le Frère Dominicain Rayssiguier, alors présent au monastère de Passe Prest à Saint Paul de Vence, met ses talents d’architecte au service de ce projet dont il dessine les premiers plans. Matisse fait ensuite appel à une ancienne connaissance, le grand architecte Auguste Perret puis également à un architecte niçois Millon de Peillon.

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Matisse veut ce clocheton ainsi : « La flèche a la légèreté de l’oiseau posé sur le toit. C’est comme la prière, comme la fumée d’une chaumière qui monte, monte dans la tranquillité de l’air du soir, sans qu’on désire la voir s’arrêter, car elle vous entraîne avec elle » (1)

En parallèle à l’élaboration des plans, dès le printemps 1948, Matisse travaille avec passion aux principaux dessins sur des panneaux de carreaux blancs, Saint Dominique, La Vierge du Rosaire et le Chemin de Croix. Ces carreaux cuits et émaillés par Ramié (également céramiste de Picasso) à Vallauris sont peints à main levée par Matisse, avec un pinceau attaché à un long bambou.

Si Picasso rend plusieurs fois visite à Matisse à Vence, il ne semble cependant pas apprécier pleinement cette réalisation : « Après votre mort, on fera dans la chapelle une halle pour vendre des légumes » (1)

Pour la réalisation des vitraux, Matisse souhaite une chapelle dans « laquelle il y aurait beaucoup de luminosité … Le but principal de mon travail est la clarté de la lumière » (3). Pour accentuer cette clarté, il utilisera des verres non peints, dit « cathédrale » tels que ceux utilisés pour la Cathédrale de Chartres ou pour la Sainte Chapelle à Paris. Il privilégie trois couleurs : le jaune citron, le vert émeraude et le bleu outremer. « En pensant à ce verre cathédral, j’ai revu le passage de la Jérusalem céleste : un fleuve d’eau vive, clair comme du cristal, qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau » (1). Pour les mêmes raisons de clarté, le sol de la Chapelle sera pavé de marbre blanc de Carrare.

En janvier 1949, Matisse quitte cependant la villa Le Rêve de Vence pour retourner à son appartement-atelier du Regina à Nice qui lui semble alors plus adapté pour la poursuite de son travail. Mgr Rémond, évêque de Nice pose la première pierre de la Chapelle le 12 décembre 1949. Les travaux s’enchaînent sur toute l’année 1950 et la première moitié de 1951 avec les participations actives et surtout voulues par Henri Matisse, de Sœur Jacques-Marie et du Frère Rayssiguier.

L’inauguration et la bénédiction par Mgr Rémond ont lieu le 25 juin 1951. Henri Matisse, déjà malade, ne peut assister à la cérémonie mais son message est le suivant :

« Cette Chapelle est pour moi l’aboutissement de toute une vie de travail et la floraison d’un effort énorme et difficile. Ce n’est pas un travail que j’ai choisi, mais bien un travail pour lequel j’ai été choisi par le destin sur la fin de ma route, que je continue selon mes recherches, la Chapelle me donnant l’occasion de les fixer en les réunissant » (1)

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Les Palmiers de la Chapelle du Rosaire

La Chapelle du Rosaire, œuvre ultime et globale d’un artiste alors à l’apogée de son art, devient un lieu emblématique de Vence. Elle accueille près de 50 000 visiteurs par an.

Malheureusement depuis 2015, les palmiers du domaine de la Chapelle sont attaqués par le charançon rouge du palmier (Rynchophorus ferrugineus). Les larves de ce ravageur, qui sévit actuellement sur l’ensemble du littoral méditerranéen, dévorent en quelques mois le cœur du palmier, entraînant inéluctablement sa perte. Ainsi en 2015, cette infestation détruit 3 superbes Phoenix canariensis qui ont dû être abattus, tandis que les 7 palmiers restants (5 Phoenix, 1 Brahea et 1 Trachycarpus) sont également menacés.

Pour sauver ce patrimoine botanique, côtoyé et peint par Matisse, notre association, Les Palmiers du Pays Vençois , a proposé aux Sœurs Dominicaines, propriétaires des lieux, son concours. Une convention signée en juillet 2016 prévoit que nous prenions directement en charge le financement des traitements de sauvegarde. Michel Ferry, chercheur à l’INRA, spécialiste de la botanique des palmiers, apporte son soutien scientifique à ce projet. La Ville de Vence soutient également cette initiative.

Couverture du livre d'Alex Benvenuto où figure le palmier peint par H Matisse aujourd'hui en danger.
Couverture du livre d’Alex Benvenuto où figure le palmier peint par H Matisse aujourd’hui en danger.

Le traitement choisi consiste à imprégner jusqu’à saturation le cœur du palmier avec une solution larvicide. Il est convenu, avec l’entreprise prestataire, d’utiliser par alternance une solution biologique ou phytosanitaire, soit 8 imprégnations par an. En fonction de l’évolution sanitaire des palmiers, ce traitement sera réadapté.

L’imprégnation du cœur du palmier est réalisée à l’aide d’une perche en carbone tenue par l’opérateur à partir du sol. Pour ce Phoenix canariensis adulte, il faudra utiliser 15 à 20 litres de solution. La photo montre le groupe des 3 Phoenix situés entre la maison Lacordaire et la maison annexe. En dépit des 6 traitements effectués depuis juillet 2016, l’un de ces 3 Phoenix canariensis est très attaqué avec un affaissement de la couronne. Un assainissement du cœur a été effectué en novembre 2016 pour essayer de sauver ce palmier.

En avril 2018 ce palmier ne montre toujours pas de reprise au niveau du coeur. Les palmes périphériques qui avaient été conservées lors de l’assainissement pour faire office de tire-sève sont cependant encore vertes, mais les chances de reprise de ce palmier sont maintenant faibles.

2016 palmier Matisse
Assainissement de décembre 2016

En 2017, les traitements ont été modifiés, tous les palmiers ont été injectés en avril. (voir Stratégie S3).

En 2018 tous les palmiers ont été élagués en mars et à nouveau injectés en avril.

Photos ci-dessous: sur les 2 Phoenix canariensis jouxtant la Chapelle, celui ayant une couronne de palmes peu développée a malheureusement dû être supprimé début 2016.

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Références bibliographiques

 (1) Sœur Jacques-Marie
HENRI MATISSE
La Chapelle de Vence
Éditions Grégoire Gardette ISBN 2 909767 00 0

(2) Correspondance entre CHARLES CAMOIN et HENRI MATISSE
La Bibliothèque des Arts ISBN 2 88453 037 1

(3) MATISSE
La Chapelle du Rosaire
Xavier Girard
Cahiers Henri Matisse Musée Matisse Nice Cimiez
Diffusion Seuil ISBN 2 7118 2546 9 GK 39 2546

(4) Henri Matisse
Xavier Girard
Musée des Beaux-Arts de Dijon
Cahiers Henri Matisse Les Chefs-d’œuvre du Musée Matisse Nice Cimiez
Dips Dijon-Quetigny ISBN 2 7118 2500 0 GK 19 2500

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