Monde

UNE PALMERAIE A PARIS, PORTE DOREE

PORTE DOREE

Les Parisiens possèdent une superbe palmeraie méconnue, à la Porte Dorée en lisière du Bois de Vincennes. A coté du Pavillon (en pur style Art Déco et actuellement Musée de l’Immigration) de l’exposition coloniale de 1931, se trouve une superbe allée double de Trachycarpus fortunéi  qui symbolise la végétation exotique de nos anciennes colonies d’Afrique et d’Asie.

Au fond de l’allée vous apercevez la magnifique statue en bronze d’Athéna réalisée pour l’exposition universelle par Léon-Ernest Drivier, un élève de Rodin.

Le Trachycarpus est l’un des palmiers les plus résistant au froid (jusqu’à – 15 c) et pourait donc être planté en pleine terre dans de nombreux endroits en France. Il est facilement identifiable grâce à son stipe abondamment garni de fibres brunes, d’où son appelation courante de « palmier chanvre ». Il est malheureusement très attaqué par le papillon.

Ce palmier assez courant dans le Pays Vençois, se développe cependant mieux le long des côtes de l’Atlantique et de la Manche où le climat plus frais et plus humide lui convient parfaitement. Nous avons même découvert plusieurs Trachycarpus en pleine terre en Angleterre à Stamford, ville jumelée avec Vence et située au Nord Est de Londres.

Salon LyauteyLe bois de palmier était également très prisé en ébénisterie, surtout en placage de mobilier du style Art Déco. Deux salons situés à chaque extrémité du Pavillon contiennent de superbes meubles Art Déco. En particulier, la massive porte d’entrée du salon de réception du Maréchal Lyautey, commissaire Général de l’expostion coloniale de 1931, est réalisée en bois de palmier du Gabon dit « Patawa ».

 

 

 

 

      La « Palm House » du Kew Botanical Garden de Londres.

Les jardins botaniques royaux de Kew occupent 132 hectares sur la rive gauche de la Tamise, et sont facilement accessibles par  le métro londonien.  La « Palm House » a été construite entre 1844 et 1848. Elle fût entièrement restaurée en 1972 et est considérée comme l’une des plus belles serres, avec des lignes très pures aux dimensions impressionnantes, soit 108 mètres de long, 30 mètres de large et 20 mètres de haut. L’élégante armature de fer conçue par l’architecte Decimus Burton et le fondeur Richard Turner donne une impression de grande légèreté et de clarté.

Palm House Kew Botanical Garden LONDON                  Vue d’ensemble de la « Palm House » du Kew Botanical Garden de Londres

Le chauffage par le sol est assuré par un système d’air chaud acheminé par un tunnel de 165 mètres depuis la chaudière afin de ne pas dénaturer l’esthétique du site. La partie centrale est dédiée aux espèces américaines et les 2 ailes aux espèces africaines et australiennes.

 

Attalea butyracea                                                        Attalea butyracea

Le genre Attalea comprend 22 espèces présentes dans les forêts tropicales humides du Panama, du Brésil et du Pérou. Le genre est botaniquement très proche des Orbignya. L’attalea butyracea est le palmier le plus imposant de la collection de Kew. Il atteint plus de 15 mètres de haut. Les feuilles sont pennées et poussent bien droit avec une tendance caractéristique pour l’espèce à se « twister ». Sa croissance est assez lente (heureusement).

 

Sabal bermudana                                                             Sabal Bermudana

Le genre Sabal comprend 15 espèces endémiques du Sud des Etats-Unis, du Mexique, des Caraïbes et du Nord de l’Amérique du Sud.  Le Sabal bermudana (des Bermudes) développe un stipe vigoureux avec une belle couronne bleu-vert de palmes costapalmées. Ce palmier assez résistant au froid peut supporter de légers gels.

 

Latania loddigesii                                                      Latania loddigesii

Le genre Latania comprend 3 espèces endémiques des Mascareignes (La Réunion, Maurice et Rodrigues) avec le loddigesii, le lantaroïdes et le verschaffeltii.  Le loddigesii est dédié à Conrad Loddiges créateur d’une célèbre pépinière de palmiers. Les grandes feuilles palmées ont un port bien rigide. Ce palmier est aussi appelé « Latanier bleu » ou « Blue latan palm ».

 

             La Serre des palmiers de Schönbrunn à Vienne.

Schönbrunn a été la résidence d’été de la dynastie des Habsbourg qui régna plus de 8 siècles sur une bonne partie de l’Europe. Si les Habsbourg nous ont donné une Reine (Marie-Antoinette) et une impératrice (Marie-Louise),  ils ont aussi légué à l’humanité un superbe domaine (rivalisant avec Versailles) comportant une remarquable serre de palmiers et de plantes exotiques.

P1070959
La Serre de Schönbrunn avec sa coupole centrale (25 m de haut) à 4 pans et l’une des 2 coupoles latérales. L’autre coupole est en symétrie de la coupole centrale centrale.

La serre a été construite sous le règne de l’Empereur Franz Joseph (l’époux de l’Impératrice Elisabeth dite « Sissi »). Les travaux débutèrent en 1879 sous les directives de l’architecte Franz Xavier Segenschmid qui élabora les plans après plusieurs voyages à Londres pour observer la fameuse serre de palmiers du Kew Botanical Garden décrite ci-dessus. L’inauguration par l’Empereur eût lieu le 19 juin 1882.

La construction métallique (méthode Eiffel) a permis d’obtenir une surface utile de 2500 m2 sur une longueur de 111 m et une largeur de 28 m . La surface vitrée de 4900 m2 est constituée par l’assemblage de 40000 vitrages.

Le bombardement  du 7 février 1945 a détruit la serre et causé la perte de la collection botanique. Une rénovation complète de la structure a été réalisée en 1986-1990, ce qui permet aujourd’hui d’admirer à nouveau pleinement l’harmonie de cette construction ainsi que la collection botanique qui a été reconstituée, avec de nombreux palmiers tropicaux, dont 3 espèces sont documentées ci-après.

P1070936
Licuala grandis (Iles Salomon, Vanuatu)

Le genre Licuala est pléthorique avec 108 espèces dont le foyer d’origine est l’Indonésie. Ce sont des palmiers très décoratifs, de taille variable et de climat tropical. Leur croissance est assez lente et les juvéniles préfèrent une situation ombragée. Le Licualis grandis est une espèce très recherchée grâce à ses splendides palmes, à la symétrie parfaite et de couleur vert foncé, dont le diamètre peut atteindre 1 mètre.

 

P1070938
Lodoicea maldivica (palmier des Seychelles)

Le genre Lodoicea (en l’honneur de Louis XIV latinisé en Lodoicus) ne comprend qu’une seule espèce, le Lodoicea maldivica, souvent désignée comme palmier des Seychelles ou palmier  « coco-fesse » à cause de ses énormes fruits de près de 20 kg qui contiennent les plus grosses graines du monde végétal avec une ressemblance à l’anatomie humaine. Il est endémique des Seychelles. La feuille est immense et costapalmée c’est à dire avec une nervure centrale bien visible en extension du pétiole (la tige) de la palme. Ce palmier est parfois identifié comme Cocos maldivica.

 

P1070955                               Caryota mitis (Birmanie) avec ses infrutescences (fruits).

Le genre Caryota comprend 12 espèces de palmiers facile à identifier grâce à leur feuille bipennées (avec un rachis principal et un rachis secondaire). L’extrémité des feuilles ressemble à une nageoire de poisson. Ce genre est très présent en Asie du Sud Est dans les forêts tropicales soumises à la mousson. Ce palmier meurt après la floraison de l’inflorescence située le plus bas sur son stipe. Le Caryota mitis forme par contre des touffes de tiges serrées ce qui permet alors le remplacement des stipes morts. Sa rusticité est suffisante pour permettre une plantation en pleine terre dans les régions les plus abritées de la Côte d’Azur.

   

                 Le Parc des palmiers du Tampon à la Réunion.

Ce magnifique parc de palmier ouvert en 2010 et conçu par Thierry Hubert, présentera à terme sur 20 hectares une collection de 40.000 palmiers regroupant 1000 espèces différentes, soit environ 30% de la botanique des palmiers connus.

P1060997A
L’entrée du Parc des Palmiers de la commune du Tampon à la Réunion

Le grand intérêt de ce parc, pour l’amateur de palmiers, est de pouvoir visualiser chaque espèce dans des allées entières de palmiers identiques avec une excellente signalétique pour l’identification de chaque espèce. A ce jour, l’ile de la Réunion est heureusement indemne du charançon (Rynchophorus ferrugineus) ravageur des palmiers. Espérons que le respect strict de la règlementation sanitaire permettra de maintenir cette situation.

Parmi les superbes sujets du parc, nous avons sélectionné 4 palmiers tropicaux (avec difficulté devant tant de choix) que nous décrivons sommairement ci-après :

P1060998                                     L’esplanade des Bismarckia nobilis Madagascar

Le genre Bismarckia (dédié au Chancelier et botaniste allemand le Prince Otto von Bismarck) est monotype et donc ne comprend que l’espèce nobilis. Ce palmier est endémique de Madagascar où il pousse à profusion dans la savane où il peut bénéficier d’une situation ensoleillée. Il est facilement identifiable grâce à ses immenses palmes très bleutées formant une couronne importante. A l’âge adulte ces palmiers auront un stipe de près 15 m. C’est un magnifique palmier très prisé par les amateurs.

 

P1060999
L’allée des Wodyetia bifurcata (palmier queue de renard) Australie

Le genre Wodyetia (dédié à Wodyeti, l’un des dernier aborigènes de Melville Range dans le Nord du Queensland en Australie) est également monotype avec son espèce unique bifurcata. C’est un palmier à feuilles pennées avec un long manchon foliaire bien vert. Les folioles donnent aux palmes un aspect plumeux caractéristique d’où son appellation  « palmier queue de renard ». C’est un palmier à croissance rapide (en région tropicale). Les graines (de la taille d’une noix) germent facilement en 2 mois.

 

P1070030
L’allée des Veitchia joannis (avec une belle infrutescence au premier plan) Fidji

Le genre Veitchia (dédié à James et John Veitch pépiniéristes anglais) compte 18 espèces originaires des Philippines, de Vanuatu et des Iles Fidji. Les infrutescences développent  sous un long manchon foliaire, de beaux bouquets de fruits bien rouges à maturité, d’où son appellation de « Christmas tree ». L’espèce joannis possède un stipe gris et mince pouvant dépasser 20 m. Les palmes d’un vert brillant sont très arquées et peuvent dépasser 3 m. C’est un palmier à croissance rapide, très cultivé dans les régions tropicales.

 

P1070032                                         L’allée des Archotonphoenix tuckeri (Australie)

Le genre Archontophoenix compte 6 espèces endémiques de l’Est de l’Australie. Les feuilles sont palmées et le stipe gris très annelé est prolongé d’un long manchon foliaire. Ce sont des palmiers très répandus et facile à cultiver. L’espèce cunninghamiana, très cultivée, est la plus rustique du genre et pourrait éventuellement être acclimatée dans les zones les plus abritées  de la Côte d’Azur. Par contre l’espèce tuckeri (dédié à Robert Tucker son découvreur) est originaire du Queensland en Australie et ce palmier  introduit récemment en culture ne s’observe pour l’instant que dans les jardins botaniques.

    

     L’Hyophorbe amaricaulis en voie de disparition à l’Ile Maurice

L’Hyophorbe amaricaulis (hurricane palm or loneliest palm) est un palmier uniquement présent sur l’Ile Maurice. Il est classé sur la liste rouge de l’IUCN des espèces en voie de disparition comme étant en « danger critique ». Ce palmier a été identifié par le botaniste Philibert Commerson vers 1770.

C’est aujourd’hui le palmier au monde le plus rare, avec un seul exemplaire restant, qui a survécu lors de la destruction de la forêt primaire humide qui était son biotope naturel. Ce seul palmier, protégé dans un jardin botanique de l’île Maurice, ne peut plus se reproduire naturellement car les inflorescences mâles et femelles (il s’agit d’une espèce monoïque) ont des périodes de floraison différentes.

Des essais de propagation « in vitro » ont bien été tentés à l’île Maurice, mais malheureusement sans succès. De nouveaux  essais en Grande Bretagne (2008) ont permis l’obtention de quelques jeunes plantules, qui n’ont pas survécu lors de leur transplantation.

Seule une tentative de clonage pourrait peut être permettre de sauver cette espèce de son extinction.

Post-566-1238842567Couvet

L’Hyophorbe amaricaulis de l’île Maurice                                                                                          (Photo de W. Couvet de la Société Palmophile Francophone)